Santa Librada 17° siècle
dans la sacristie de la cathédrale de Sigüenza
Santa Librada et ses huit sœurs jumelles.
Peinture du 16° siècle dans la cathédrale de Sigüenza
où la vierge crucifiée n'est plus exposée.
Santa Librada et ses huit sœurs à Bayona de Tuy,
lien de la photo : Santos en Baiona de Pontevedra
où la vierge crucifiée n'est plus exposée.
lien de la photo : Santos en Baiona de Pontevedra
Mais qui est donc Santa Librada ?
Elle
a plusieurs noms, plusieurs légendes en Europe, commençons par celles d’Espagne et
du sud de la France !
A Las Tablas, à Siguënza en Espagne et à Bayona de Tuy en Galice, elle s’appelle Santa Librada ou
Liberata.
En Aquitaine, c’est sainte Livrade
ou Liberate.
Santa Librada en Espagne
est crucifiée !?
Rencontrer une femme sur
la croix dans une église, c’est déplacé et incongru. Mais c’est aussi
bouleversant et inespéré dans l'Eglise patriarcale depuis ses débuts. Cela mérite d’en savoir plus.
Si l'Eglise d'aujourd'hui
devait nous parler de l’imbroglio des légendes concernant sainte Livrade elle aborderait
certainement la question de cette manière :
Sainte Livrade ou
Liberaté, vierge et martyr, est au 5° siècle une princesse wisigothe du
Sud-Ouest de la France assassinée par son père pour son refus de se marier avec un prince et
certainement aussi pour sa conversion.
Personne ne sait comment
elle a été exécutée. On suppose qu’elle fut décapitée comme cela se faisait à
l'époque.
Au 12° siècle un moine
cistercien, Bernard d’Agen, participe à la reconquête de l’Espagne. Il chasse
les arabes de Siguënza et il devient l’évêque et le seigneur de cette ville. Il
fait venir de France des tailleurs de pierre pour construire une cathédrale
basilique à sa sainte patronne de l'Aquitaine, sainte Livrade. Il emmène la
moitié de ses reliques à Siguënza où elles sont toujours conservées.
Au 16° siècle, l'Espagne a
oublié qu’elle était française. Elle est devenue dans leur imaginaire une princesse portugaise du 2°
siècle et son nom devient Santa Liberata et Santa Librada à une certaine époque.
La tradition lui attribue
huit sœurs jumelles. Les neuf sœurs furent martyrisées de neuf manières
différentes pour leur refus de se marier. Forcément, l’une d’elles fut crucifiée. C'est Santa Librada.
Toulouse accuse en vain l’Espagne
de mensonge et du vol de six de ces saintes qui seraient de l’Aquitaine. L’Espagne nous a quitté sainte
Quitterie d’Aire sur L’Adour, comment est-ce possible !!?
Est-ce une raison parce qu’elle
s’appelle Quitterie !?
Rien n’y fait, Rome donne
raison à L’Espagne jusqu’en 1961 où elle redevient française mais n'est plus sainte !
La coutume espagnole raconte
que ces neuf sœurs nonuplées étaient si belles que l’on n’arrivait pas à les
distinguer entre elles. Elles étaient de toutes petites tailles et quand
elles furent exécutées à l’âge de 18 ans, elles portaient leur robe (pollera)
de leur enfance !?
Ce détail a une grande importance pour moi, je suis
convaincu qu’elles se déguisent en naines à l’insu des gens de Las Tablas pour aller
sans l’autorisation de personne danser à La Villa de Los Santos avec les vilains
diables de la fête Dieu. Elles ont même le
toupet de dire dans leurs versets qu’elles sont des négresses de la terre des pygmées alors qu’elles sont blondes et elles ont le visage tout rose. C'est sûrement pour se cacher. Si les gens de Las Tablas les
entendent à la radio, ils ne penseront pas que ce sont elles !
Grâce aux conquistadores, Santa
Liberata est arrivée en Amérique Latine et à Panama en 1821 son nom devient Librada. (C’est une très belle histoire
que raconte Las Tablas. )
En 1961 Rome la dé
canonise. Son culte disparaît d’Espagne, de Colombie et du Pérou, mais c'est le
contraire à Panama. Sa fête est d’année en année de plus en plus
importante. Elle fait partie des mythes fondateurs de l’identité panaméenne suite
à son intervention dans la guerre des « 1000 dias » en 1901. Les gens la chérissent pour sa beauté, mais aussi pour sa gentillesse et proximité. Elle fait partie des
familles comme si elle était une employée de maison, « una muchacha »,
un de ses surnoms est « La Chola » (l’indienne).
En Colombie elle est très importante parce qu'elle est au cœur des conflits entre les libéraux et les
conservateurs. Elle est un symbole fondateur de la République boba (ingénue) du
20 juillet 1810. Quand Simon Bolivar libère la Colombie le 7 août 1819, il choisit le 20 juillet pour la fête nationale. Elle est la sainte des Libéraux et de Bolivar, mais quand les Conservateurs sont au pouvoir, il lui est interdit de sortir avec l’armée le jour de
la fête nationale. Elle est donc politique, son nom rime bien avec « Liberté ».
Elle est certainement l’image la plus proche de l’Isis du 19° siècle,
des fêtes de la révolution française, de Nerval et de Goethe, de la
franc-maçonnerie et de la statue de la Liberté à N.Y. qui éclaire le monde.
Cette dernière est le fruit d’une étude sur le mystère d’Isis qu’effectua
Bartholdi dans sa loge maçonnique parisienne, héritière de la loge des neuf
sœurs.
La légende de ces neuf saintes et sœurs jumelles d’Espagne que l’on n’arrive pas à les distinguer les unes des autres tant elles sont belles, est extraordinairement
proche du mythe des neuf muses du Parnasse grecque, qui sont les
neuf filles jumelles de Zeus.
Ses sœurs sont connues et nommées, mais on s'adresse très peu à elles dans les prières. Elles sont représentées par toutes ces jeunes filles qui portent la pollera et se disent sœurs et amies de la sainte. Pour moi, elles sont les muses du Mont Parnasse de Las Tablas, les princesses de quatre jours de fêtes consacrés aux beaux-arts dans un grand jardin tropical où les pluies alternent avec le soleil.
Ses sœurs sont connues et nommées, mais on s'adresse très peu à elles dans les prières. Elles sont représentées par toutes ces jeunes filles qui portent la pollera et se disent sœurs et amies de la sainte. Pour moi, elles sont les muses du Mont Parnasse de Las Tablas, les princesses de quatre jours de fêtes consacrés aux beaux-arts dans un grand jardin tropical où les pluies alternent avec le soleil.
En 2006, je révélai pour la première fois dans mon nouveau livre cette
découverte et hypothèse en parlant d’un syncrétisme merveilleux dans l’église
espagnole influencée par la culture grecque de l’Espagne musulmane. Cette
évocation a plu aux Panaméens et elle m’est revenue en écho, adoptée par les
folkloristes.
Santa Librada, fille de Zeus dans l’église de Las Tablas est l’épouse
du Christ rédempteur, partageant avec lui la sainte Croix de l’ermitage disparue du premier
quartier de Las Tablas : « Punto Fogon ».
Biographie sur l’Isis du 19° siècle :
Isis l’Eternelle,
Biographie d’un mythe féminin
De Florence Quentin
Chez Albin Michel
Wilgeforte à Wissant (photo offerte par une collègue de mon lycée en 1997)
Joris-Karl Huysmans en 1901 dans son livre « De Tout » nous apprend qu'elle s'appelle sainte Débarras parce qu’elle aide aussi les femmes du Pas-de-Calais à se débarrasser de leurs maris violents et alcooliques. (1)
On est en droit de penser que ces deux saintes étaient différentes, bien qu'elles soient du monde hispanique. Mais plusieurs ecclésiastiques espagnols ont au 17° siècle écrit le contraire. En 2004, une recherche a été publiée à ce sujet à Sigüenza. (2)
Leur fête dans le martyrologe romain est à la même date le 20 juillet.
Le martyrologe de Benoit XVI le confirme, voir le site : (3)
En 1961 Rome dé canonise Santa Librada. Son culte disparaît de Colombie et du Pérou, mais pas de Panama. Aujourd'hui il semble bien que Benoit XVI la reconnait.
A Panama :
Sa fête est d’année en année de plus en plus importante. Elle fait partie des mythes fondateurs de l’identité panaméenne qui chérit la beauté et la grâce.
Elle est la sainte patronne de Las Tablas, la capitale de la province des Saints, le berceau du pays.
C'est une très belle indienne, crucifiée et couverte de chaînes et de médailles en or en remerciement de tous ses miracles.
C'est une très belle indienne, crucifiée et couverte de chaînes et de médailles en or en remerciement de tous ses miracles.
19 juillet 2007 à Las Tablas
Santa Liberata dans la "Casa Museo del 20 de julio"à Bogota
depuis qu'elle ne défile plus le 20 juillet avec l'armée
pour la fête nationale de l'indépendance du pays
depuis qu'elle ne défile plus le 20 juillet avec l'armée
pour la fête nationale de l'indépendance du pays
Festival National de la Pollera
La beauté à Panama
Mardi de carnaval en 2009 dans le village de San Domingo de Las Tablas
La beauté à Panama, commentaires du premier diaporama :
Avec mardi de carnaval et le défilé des 1000 polleras depuis 2012, le plus grand événement pour la robe de Panama est le Festival National de la Pollera. C’est un grand défilé dansé, façon « Fashion show », où l’on met en valeur toutes les variantes et les richesses de l’habit traditionnel appelé « la Pollera ».
A l’origine, la pollera est un jupon espagnol que les dames offraient à leurs domestiques. Ce cotillon très ample est devenue une jupe brodée de fleurs, avec en dessous deux petits jupons de dentelles appelés « enaguas ou peticotes » (nom d’origine française : petits cotillons), et rappelant le XVI° siècle flamand. Une chemise basquine combine avec la jupe. Elle a deux gros pompons, un devant et l’autre dans le décolleté du dos, de la même couleur que les chaussons de la danseuse. La pollera porte une parure de 7 à 9 chaînes en or avec une signification particulière pour chacune d’elles.
Monsieur Edgardo de Leon Madariaga est le styliste le plus réputé à l'heure actuelle. Nous sommes amis et cette année j'ai passé les fêtes chez lui. C'est un grand créole qui me rappelle les péruviens de la bohème liménienne. C'est lui qui m'a demandé d'aller à la recherche du livre : "Trujillo del Peru". Visiter le blog sur le Pérou si vous ne l'avez pas fait : chapitre X.
Biographie :
J'ai commencé mes recherches en 1994. La librairie catholique d'Agen "La sainte Famille" m'a envoyé trois photocopies d'un livre d'hagiographies sans m'en donner le titre. Aujourd'hui le texte est consultable sur le site :sainte Liberaté
(2) "Lumières et obscurités. Mil ans d’amour et de dévotion à Santa Librada", écrit par Monsieur d’Attilio Bislenghi de nationalité italienne. Son livre a été édité en italien en 2003 chez Marco Sabatelli : "Di Luce e d’Ombra. Mille anni di amore e devozione a Santa Libera". Ensuite en espagnol en 2004 “Luces y Sombras. Mil años de amor y devoción a Santa Librada” édité par le chanoine des archives de la cathédrale de Sigüenza : Felipe-Gil Peces Rata.
Monsieur d'Attilio Bislenghi est certainement un ecclésiastique, ce que je ne sais pas. Il a réalisé une recherche sérieuse, honnête et très intéressante, mais il voit dans cette vierge crucifiée un sacrilège et un blasphème. Une femme ne peut pas être sur la croix ! Son livre soulève une très forte polémique. Etudes annexes à partir du travail de Mr Attilio Bislenghi
Monsieur d'Attilio Bislenghi est certainement un ecclésiastique, ce que je ne sais pas. Il a réalisé une recherche sérieuse, honnête et très intéressante, mais il voit dans cette vierge crucifiée un sacrilège et un blasphème. Une femme ne peut pas être sur la croix ! Son livre soulève une très forte polémique. Etudes annexes à partir du travail de Mr Attilio Bislenghi
(3) martyrologe de Benoit XVI On trouve à la date du 20 julllet : "Sainte Wilgeforte, vierge crucifiée ; c’est peut-être une pure légende, provenant de l’habillement qu’on fit d’un crucifix (Lucques), ou de la miraculeuse défiguration d’une vierge portugaise qui, voulant rester consacrée, obtint de porter une longue barbe ; on l’aurait aussi appelée : Ontkommer, Uncumber, Commere, Kumeria, Kümmernis, Eutropia, Regenfledis, Gwer, Liberata, Livrade, Paula, invoquée contre les turbulences maritales."
(4) Un universitaire brésilien francophone, Monsieur Jaime de Almeida, a fait en janvier 2007 une conférence à l'Université de Panama sur Santa Librada en Colombie et à Panama. J'ai eu connaissance de son exposé en mai 2007, par la suite nous sommes devenus des amis sans nous être jamais rencontrés. Nous souhaitons réhabiliter Santa Librada. Sur le web vous trouverez : Images de Santa Librada et Wilgefortis de Mr Jaime de Almeida et un de ses articles en Colombie
(5) J'ai découvert en décembre 2009 une étude sur Wilgeforte écrit par Maryange Tibot et éditée par Septera. Je l'attends pour Noël. Etude sur sainte Wilgeforte, son culte dans les Flandres et en Normandie
(5) J'ai découvert en décembre 2009 une étude sur Wilgeforte écrit par Maryange Tibot et éditée par Septera. Je l'attends pour Noël. Etude sur sainte Wilgeforte, son culte dans les Flandres et en Normandie
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Très intéressant ce travail historique!
RépondreSupprimerJe suis tombé dessus, au hasard d'Internet, en faisant des recherches croisées sur la Sainte Livrade du Lot et Garonne (j'habite tout près de là) et la Santa Librada de Sigüenza, en Espagne.
Félicitations!
Et bien cordialement.